Dr Zwelethu Bashman : l’Afrique doit élargir la prévention contre le HPV

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‎Le cancer du col de l’utérus demeure l’un des principaux tueurs de femmes sur le continent africain, malgré l’existence de vaccins efficaces contre le papillomavirus humain (HPV). Dans une interview exclusive, le Dr Zwelethu Bashman, Directeur général de MSD Afrique du Sud et Afrique subsaharienne, alerte sur l’urgence d’élargir l’accès à la vaccination et de renforcer le dépistage précoce, en particulier pour les femmes les plus vulnérables. 

‎Pour lui, l’un des obstacles majeurs reste l’accessibilité des jeunes filles. Celles qui ne sont pas scolarisées, celles inscrites dans des établissements privés ou informels, ou encore celles vivant dans des zones reculées échappent trop souvent aux campagnes de vaccination. Le coût constitue un autre frein, car la vaccination n’est pas toujours intégralement prise en charge par les systèmes d’assurance maladie. « Beaucoup de jeunes filles qui ont manqué la vaccination de routine lors du déploiement du Programme National de Vaccination se retrouvent aujourd’hui inéligibles, car elles sont en dehors de la tranche d’âge de 9 à 14 ans », explique-t-il. 

‎Le Dr Bashman insiste également sur la nécessité d’inclure les garçons dans les programmes. Seuls le Cameroun et Maurice vaccinent actuellement les garçons dans le cadre de leur Programme Élargi de Vaccination. « La vaccination universelle, neutre du point de vue du genre, est un atout majeur pour accélérer l’élimination du cancer du col de l’utérus », affirme-t-il. Il rappelle que les hommes sont aussi touchés par des cancers liés au HPV et que leur protection renforce la résilience des programmes. 

Les femmes vivant avec le VIH constituent un autre groupe à haut risque, avec un risque six fois plus élevé de développer un cancer du col. Pourtant, elles ne sont pas systématiquement incluses dans les campagnes. À cela s’ajoutent la stigmatisation, la peur des examens gynécologiques et la désinformation autour du vaccin, qui alimentent la méfiance. Pour le Dr Bashman, il est urgent de réduire les barrières financières, de communiquer de manière transparente avec les communautés et de prioriser les groupes vulnérables. L’arrivée des vaccins à plus haute valence, désormais inclus par Gavi depuis décembre 2025, représente selon lui une avancée majeure pour intensifier la prévention. 

‎Mais la vaccination seule ne suffit pas. Le Dr Bashman rappelle que l’OMS fixe des objectifs clairs dans sa stratégie « 90-70-90 » : 90 % des filles vaccinées d’ici 2030, 70 % des femmes dépistées à 35 et 45 ans, et 90 % des femmes diagnostiquées traitées. Or, en Afrique subsaharienne, les infrastructures médicales sont limitées, le personnel qualifié insuffisant et les coûts indirects rarement pris en compte. Trop de cancers sont détectés tardivement, à un stade où les chances de survie diminuent. 

‎« La détection précoce et le traitement rapide font toute la différence entre une maladie évitable et un diagnostic qui engage le pronostic vital », insiste-t-il. Pour changer la donne, il plaide pour le déploiement de cliniques mobiles et communautaires dans les zones rurales, l’autonomisation des infirmiers et sages-femmes pour réaliser les dépistages, l’adoption du modèle “dépister et traiter” afin que les femmes soient testées et soignées en une seule visite, et l’intégration du dépistage aux services existants comme le VIH, le planning familial ou les consultations prénatales. 

‎‎Le Dr Bashman met aussi l’accent sur la sensibilisation et la confiance. Selon lui, le partenariat avec les agents de santé communautaires, les leaders locaux et les associations de femmes est essentiel pour combattre les mythes et normaliser le dépistage. « Nous devons apporter les services aux femmes, et non attendre que les femmes viennent aux services », résume-t-il. 

Son message est clair : l’Afrique ne pourra éliminer le cancer du col de l’utérus qu’en combinant vaccination universelle, dépistage accessible et traitement rapide. Pour le Dr Zwelethu Bashman, il s’agit d’une bataille pour la vie, une bataille qui exige des stratégies inclusives et équitables, afin qu’aucune femme, aucun homme, ne soit laissé de côté. 

‎La rédaction

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